Année -1 | Défi « Cœur toujours »

En janvier 2017, je lançais le défi « Cœur toujours » visant à collecter des fonds au profit de Mécénat Chirurgie Cardiaque en parallèle de ma participation à l’ultramarin, le raid de golfe du Morbihan, une épreuve de course à pied de 177km en une étape.

La préparation

Entre mon inscription et la « course », 200 jours. C’est court pour une telle épreuve mais la préparation est déjà une épreuve en soi, l’engagement y est maximal puisqu’il est d’usage de parcourir dans les semaines précédentes au moins la distance de la course en 1 semaine. Soit une vingtaine d’heures de course par semaine, réparties en 4 sorties. J’ai effectué cette préparation en alternant sorties longues, courtes, rapides ou lentes ; validé le matériel que j’allais emporter, appris à marcher vite, à alterner entre marche rapide et course. Parfois privilégier les sorties vélo lorsque mon organisme me demandait du repos afin d’éviter les blessures.

Début avril, en Guadeloupe et Martinique pour 15 jours, je poursuis la préparation.

3ème chute du Carbet, après la Soufrière

La partie nord du GR1, le volcan de la soufrière (Pour celles et ceux qui connaissent : départ de Gourbeyre avec descente par les 3 chutes du Carbet), une double ascension de la montagne pelée (boucle par Le Prêcheur, Grand’Rivière).

En mai, ayant des antécédents cardiaques dans la famille je me rends à l’hôpital pour un test d’effort, pas de problème, tout va bien !

Début juin, en guise de fin de préparation, je pars achever le GR10 (chemin de randonnée qui traverse les Pyrénées d’Est ou Ouest) entre Banyuls et Mérens-les-Vals : 280 km, 15 000 mètres de dénivelés en 4 jours. Alors que la France est étouffée par la chaleur, je profite de la fraicheur de la montagne. Cette balade s’achèvera par une belle journée en compagnie de Thomas (un copain coureur) durant laquelle nous gravirons 4 sommets de 3000 mètres (Pic de Montcalm, Pic de Sotllo, Pic de Verdaguer et Pique d’Estats pour Thomas). Formidable !

ça grimpe !

Pourtant deux jours après mon retour je suis cloué au lit, incapable de m’alimenter, pris de vertiges ! Je consulte un médecin qui me prescrit une série d’examens. Lorsque les résultats tombent 2 jours après, ça va déjà mieux ! Une bactérie ? De l’eau impropre à la consommation bue dans la montagne ? Je ne le saurai pas, l’essentiel c’est que je vais mieux même si j’accuse 4 kg perdus. Mon entourage se demande si je vais y aller…me déconseille de le faire…moi je le sais, je serai au départ.

Opération reconquête

La préparation bouleversée, 10 jours avant l’épreuve je m’alimente comme je peux pour retrouver le poids perdu. Aliments complets, hydratation (jusqu’à 3 litres par jours), les dés sont jetés et je me présente le vendredi 30 juin 2017 au départ de l’ultramarin. Je retrouve la bonne ambiance des départs, le monde, l’excitation particulière de ces courreurs.euses qui comme moi attendent d’être « lâchés ».

Sur la ligne de départ !

A vos marques

Quelques jours avant le départ je craignais la canicule, c’est finalement un petit crachin qui nous accompagne au départ. J’enfile rapidement mon coupe-vent et me laisse emporter par la vague du millier de participants. Je suis bien, je discute avec plusieurs coureurs pour la plupart très expérimentés (diagonales de fous, tour du mont blanc). Je me dis que je suis surement parti un peu vite, le passage au premier ravitaillement d’Arradon (km17) me le confirme puisque j’ai couru les 17 premiers kilomètres en 1h30 à près de

11km/h. Je me ravitaille, j’ai encore de l’eau, je mange quelques bananes. Je repars sur un rythme plus lent vers Baden (km28), le second ravitaillement 11 km plus loin. Je trouve mon rythme à 10 km/h, la pluie a cessé et je profite de la beauté des paysages. Je rejoins Larmor Baden (km35) après 3h30. Je m’arrête longuement pour m’hydrater, quelques kilomètres avant le ravitaillement j’ai senti une vive douleur aux muscles fessiers. Je repars avec le doux espoir de voir s’éloigner cette douleur… 500 mètres après elle s’annonce de retour.

Les amis au Bono – Minuit

J’avance au mental car je sais que je vais bientôt avoir des encouragements. C’est finalement presque 20 km plus loin que je tombe sur Jonathan, Angeline, Mathieu et Nathalie, attablés à la terrasse d’un bar au Bono 😊 Il est bientôt minuit, le soutien de mes amis efface toutes les douleurs et je repars après ce ravitaillement accompagné sur quelques centaines de mètres par Jonathan.

Jusqu’ici tout va bien

Le plus dur est devant moi, je le sais ! La nuit, le champ de vision se réduit au faisceau de la frontale, à ce moment, la lucidité m’échappe parfois. Je trébuche à plusieurs reprises avant de commencer à marcher quelques centaines de mètres avant le ravitaillement de Crach (km68). Il est 2h du matin, je cours depuis 8h et j’ai parcouru 68 km. La bonne nouvelle c’est que je ne ressens plus aucune douleur et je commence à mettre en pratique les alternances de course et marche (plus ou moins rapide). Ma moyenne tombe à 6km/h et j’accuse le coup psychologiquement lorsque pour atteindre l’embarcadère de Locmariaquer (km82) le tracé nous fait passer au bout de la pointe de Kerpenhir…

Jusqu’au bout de la nuit

A 4h20, je me présente à l’embarcadère. Les bénévoles nous équipent de ponchos, gilets de sauvetage et nous embarquons sur un semi-rigide assurant la traversée vers Port Navalo. Je suis tout à l’avant, recroquevillé et les 10 minutes de traversée me semblent une éternité. Le froid s’empare de moi, je commence à greloter. Je ressors péniblement du bateau, j’ai l’impression d’avoir l’agilité d’un vieillard, mes muscles se sont contractés et la passerelle inclinée menant du ponton à la terre ferme est une épreuve que je suis contraint de faire en marche arrière ! A ce moment-là, je me dis qu’il faut que je travaille un peu ma souplesse 😉

Le 100ème km

Incapable de courir, je me fixe pour objectif de rejoindre le ravitaillement du stade d’Arzon (km89) à 5 kilomètres. Je sais que j’y trouverai un lit disponible, un repas chaud et des étudiants kiné venu se faire la main sur les muscles tétanisés. Une heure plus tard après m’être alimenté je m’allonge dans un lit de camp, tellement confortable que je dors 2 heures. A mon réveil, tous les lits sont occupés, beaucoup de participants dorment à même le sol et pour les kinés c’est le coup de feu. Je repars sans faire appels à eux car ça va beaucoup mieux. Je suis de nouveau capable de courir, j’en profite. C’est accompagné de deux autres coureurs que je franchis pour la 1ère fois la barre mythique des 100km. C’est surement comme franchir la première fois le cap Horn pour les marins ou gravir l’Alpes d’Huez pour les cyclistes. Je profite de ces instants de plaisir avant un gros coup de moins bien.

Le début des ennuis

C’est simple je ne me souviens pas des 21km qui m’ont mené jusqu’à Sarzeau, à part des séries interminables d’escaliers durant lesquelles je regrette juste de ne pas avoir pris mes bâtons de marche (même si des béquilles auraient été surement plus appropriées).

Arrivée à Sarzeau

J’arrive à Sarzeau (km123) à 16h, j’ai mis 6h30 à faire 21km !!! Audrey, Stéven, Angéline, Jonathan et Thibaut m’attendent. J’ai perdu mon sourire du 100ème km, le mental m’a lâché et le plaisir que j’ai de les revoir, enfin, n’y fait rien. Je leur annonce mon souhait d’arrêter alors même que je sais qu’ils sont venus spécialement pour me soutenir. Jonathan se lance dans une opération « reboostage » : « Tu dors et tu manges avant de prendre une décision ! » Oui chef 😊. Les kinés sont un peu moins sollicités en ce milieu d’après-midi, je passe près d’une heure allongé. Pour l’étudiante qui a tout donné et aussi pour les amis venus ou en route je dois continuer. Bon je sais maintenant que j’ai une inflammation du muscle releveur du pied droit surement lié à un lassage trop séré (erreur de débutant, c’est l’apprentissage de la douleur). Je repars en courant de Sarzeau, péniblement je parcours 1km avant de reprendre la marche. Mon espoir est maintenant de me faire doubler et d’essayer de rester avec Matthieu, qui participe au 56km, épreuve qui vient de débuter et qui emprunte le même chemin. Presque tous les participants auront un message à mon attention, une petite tape dans le dos même si cette partie est éprouvante car elle m’oblige à m’écarter et marcher dans l’herbe pour ne pas les ralentir. Je trouve Claire, Pauline et Maxime venu à leur tour. Je serre les dents. La douleur au pied devient insupportable. Je rêve d’une semelle de métal et de mousse, suffisamment rigide pour éviter les flexions du pied et molle pour amortir les chocs.

La dernière ligne droite

Il reste 40 km, un ravitaillement. J’en arrive à la conclusion que je ne prends pas de plaisir, qu’aller au bout dans ces conditions est certes possible mais je ne tiens ni à me blesser, ni à me dégouter. Je n’ai pas non plus le mental pour affronter une seconde nuit dehors, arriver au petit matin sur le port de Vannes. Mes camarades d’infortune avec lesquels je marche depuis quelques kilomètres ne veulent pas entendre parler d’abandon « On abandonne pas à moins de 40km de l’arrivée lorsque l’on en a parcouru presque 140 », ceux-là sont ce que l’on appelle des solides. Après un dernier ravitaillement (durant lequel je manque Matthieu, je franchis le point de contrôle du Hezo pour restituer mon dossard, 138km et 25 heures après mon départ. Je suis heureux car je sais que j’ai tout donné, je suis heureux car je suis entouré de mes amis, je suis heureux car 1550€ ont été collectés au profit de Mécénat Chirurgie Cardiaque.

Le « décrassage »

Dix jours après l’ultramarin, je suis reparti à vélo cette fois pour rallier le cap nord, 5000km, 25 jours mais ça sera peut-être l’objet d’un autre récit, un jour.

Les mois ont passé, j’ai durant l’hiver franchi une seconde fois la barre des 100km au profit du téléthon, c’était dans la nuit du 1er au 2 décembre 2017, sans temps, prix ou autre classement, juste pour le plaisir. Ces distances m’ont appris beaucoup sur moi et je connais à présent beaucoup mieux mes limites. Pour le prochain ultramarin, j’emporterai des bâtons et un peu de gel arnica pour la sortie du bateau 😉

Et la suite ?

En 2018, je vais continuer à courir, accomplir je l’espère un rêve d’enfant, celui de faire le tour de ma région, la Bretagne. Si tout va bien, je m’élancerai le 5 mai 2018 de Le-Tour-Du-Parc pour 1700km en 17 jours le long du sentier côtier.

« Toujours plus ! » me direz-vous… Non l’objectif de collecte pour Mécénat reste le même : 1700€ !

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A bientôt,

Julien