#16 Tour de Crozon

J13|KM948 – La tempête m’avait empêché d’y aller il y a 10 jours alors j’y suis retourné, de nuit, malgré le mauvais temps annoncé. Ma préparation pour l’ultramarin s’achève ici, après près de 1000 kilomètres et une boucle extraordinaire de 120 km autour de Crozon. Devant moi, 11 jours de repos avant l’ultime étape de 177 km !

J’ai l’idée de faire le tour de Crozon en une seule journée depuis mon arrêt à Brest il y a 10 jours, la tempête et ses vent de 85km/h annoncés sur les pointes m’avaient dissuadé d’aller jouer les équilibristes sur les falaises. Alors, je profite d’un week-end dans le finistère pour remettre ça.

Les conditions sont incertaines, physiquement je ne suis pas prêt, j’ai assez peu dormi car je tenais à accompagner Bernard Dufour dans sa tentative de courir le canal de Nantes à Brest (350 km, défi qu’il relèvera lundi soir après 77 heures). La météo annonce des rafales à 55km/h et de la pluie dans la nuit avec une dégradation entre 5 et 8h du matin.

Arrivé en fin de soirée, le ciel est dégagé, rien n’indique vers 21 heures la dégradation annoncée. Je monte au Menez-Hom pour profiter d’une vue incroyable sur la presqu’île, d’ici les pointes se dégagent et il est possible d’apercevoir les cailloux de la pointe de Pen-Hir. J’ai les jambes qui titillent, l’idée d’y aller sans attendre l’aube fait son chemin. La nuit est tombée, je me prépare puis pour une question de sécurité descend en voiture au niveau de Pentrez pour commencer mon circuit sans emprunter la route. Je décide de commencer par le sud, en effet cette partie me semble moins difficile (et dangereuse) de nuit, les bois pas trop entretenus et surtout la longue portion de route de la partie nord ne m’emballent pas. A 23h00 je m’élance pour ma petite promenade…

La première partie de nuit est claire, sur la plage de Trez Bellec, je progresse sans frontale. La lune éclaire la mer d’un bleu hypnotique et reste contempler ce paysage fascinant.

La nuit, la difficulté est de suivre un balisage rouge et blanc qui manque de visibilité. A plusieurs reprises je me perds, dont une fois où je termine à 4 pattes dans une sorte de maquis avant de me rendre à l’évidence…Sans repères, il est possible de manquer de lucidité, parfois de se mettre en danger alors que le cerveau peine à analyser certaines situations.

Je progresse tranquillement, croise plusieurs renards, probablement aussi surpris que moi de ces improbables rencontres. Au niveau de l’Aber, je me déchausse pour franchir la rivière du même nom, je ne sais pas quelle est sa profondeur et progresse avec prudence pour rejoindre l’autre rive et la belle plage attenante. Sur les falaises, le vent commence à souffler. Je ne peux pas parler de peur mais, les conditions font qu’il y a une certaine adrénaline qui monte en moi. Avant Morgat, je croise mes premiers fêtards non loin d’une maison aux allures de discothèque. La nuit, plus que toute autre chose, c’est probablement les humains qui me font le plus peur…

Ma traversée de Morgat se fait tout feux éteints pour ne pas attirer l’attention. Après un ravitaillement (banane + eau) sur le port, je prends le chemin qui me mènera vers le Cap de la Chèvre. C’est une partie redoutable, très difficile dont je me souviens bien pour l’avoir parcouru il y quelques années. C’est le moment que choisit ma frontale pour rendre les armes, avant de cesser totalement son service elle se met en mode économie d’énergie extrême, m’offrant un faible halo lumineux. La course est désormais impossible, d’autant que la pluie s’est invitée à la fête. Je rejoins le cap vers 4h du matin. La fatigue qui me gagne et la défaillance de ma frontale m’incitent à trouver un abri pour attendre le lever du jour. J’imagine qu’un abribus m’offrira le gîte pour la nuit mais à la pointe il n’y a rien, et de nuit dans ces conditions je pourrai passer à 10 mètres d’un abri que je ne le verrai même pas…Je décide de poursuivre. Sur mon chemin, des blockhaus peu accueillants…après 1 heure je m’allonge dans ma couverture de survie au pied d’un pin dans un chemin creux près des dunes de la Palue. Je m’endors, régulièrement réveillé par les bourrasques d’un vent qui s’engouffre sous ma frêle protection. Je grelote sans pour autant avoir la lucidité de sortir le duvet que j’ai pourtant emporté. Pas de réveil, je sors de mon sommeil vers 6h15 pour reprendre le chemin. Le jour s’est levé, j’aperçois à quelques centaines de mètres un bâtiment qui m’aurait offert un abri 4 étoiles… Les conditions météorologiques se sont dégradées pendant mon sommeil et le vent est la plupart du temps trop fort pour courir sans risque d’être déséquilibré, j’avance tranquillement vers la pointe de Dinan. Peu avant Pen-Hir, le soleil se décide à une courte apparition ce qui m’offre un fabuleux spectacle avant un petit déjeuner mérité à Camaret. Dans l’idée d’un guide des boulangeries du GR, je fais les 2 établissements du port, le premier offre des sandwichs appétissants et un far breton qui l’est tout autant. Malheureusement je n’y goûterais pas, ici pas de CB et je n’ai pas apporté de liquide ! Dans le 2ème (le fournil de Camaret), je prends ce qui est dispo, sans enthousiasme, alors que la pluie fait son retour on me propose un supplément pour déguster mon jambon beurre à l’intérieur…tant pis je le mangerai sur le port avec les Goélands ! J’en arrive à la partie nord, très militarisée et théâtre au fil des siècles de la défense de Brest. Cela oblige de longs détours mais offre un intérêt historique. Je rejoins la pointe des Espagnols. S’ensuit une longue partie de route, peu intéressante jusqu’au Fret. La base opérationnelle de l’île longue, cœur de la dissuasion nucléaire française n’offre pas de place au tourisme ici 😉 A Lanvéoc, le chemin est dans un état désastreux et je m’empresse de remonter sur la route dès que je le peux pour m’offrir un nouveau ravitaillement. Il est 17 heures. Désormais je marcherai durant les 20 derniers kilomètres pour rejoindre via le Loch et Argol mon point de départ.

Enseignement : Manger correctement avant de partir (et pas juste un burger), ne pas utiliser la pleine puissance de ma frontale…

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